Sources historiques et scientifiques

Sources connues concernant l’apostolat de Ste Marie-Madeleine en Provence

Introduction

Fresque de Giotto représentant l’arrivée de la barque de Marie Madeleine et de ses compagnons à Marseille (XIVe)

   Concernant la venue de Marie-Madeleine en Gaule dans les années 43-47 ap Jésus-Christ, il est intéressant d’examiner toutes les sources datant d’avant la redécouverte de son tombeau au moyen âge, et encore plus intéressant de rassembler tout ce qui concerne les 5 grands lieux de la tradition provençale, à commencer par Saint-Maximin-la-Ste-Baume pour Ste Marie-Madeleine, Marseille (pour St Lazare), Aix-en-Provence (pour St Maximin et Sidoine), les Saintes Maries-de-la-Mer (pour Ste Marie Salomé, Ste Marie Jacobé et Sarah) et Tarascon (pour Ste Marthe). Actes écrits, manuscrits, vestiges antiques, ces différentes sources s’éclairent à être examinées conjointement. En effet, tout élément pris isolément pourrait laisser le lecteur dubitatif, faute de documents suffisamment fournis, alors que considérés tous ensemble, les 5 lieux de la tradition se révèlent les uns par les autres, par analogie et de manière lumineuse.

Nous avons regroupé dans ce chapitre la plupart des éléments significatifs relatifs au culte et à la réalité de la présence des premiers évangélisateurs de la Provence, tous antérieurs à 1279, date où Charles II d’Anjou retrouva les restes de Marie-Madeleine à St Maximin.

Chacun pourra ainsi librement apprécier si cet ensemble est en mesure de soutenir la solidité de la tradition provençale, remise en question au XVIIème siècle par quelques érudits, catholiques de surcroît, influencés par le courant janséniste, et dont les écrits mirent à mal cette vénérable tradition au sein même de l’Eglise, pour la discréditer auprès d’un grand nombre de fidèles pendant les siècles suivants. Aujourd’hui encore, et malgré le poids de toute cette tradition multiséculaire, il n’est pas rare de lire des avis d’historiens taxant tout cela de jolie légende inventée de toute pièce par de naïfs chrétiens provençaux au XIe siècle…Heureusement, l’avancée des recherches scientifiques récentes (voir quelques chapitres plus loin) ont donné des résultats qui vont dans le sens de cette tradition vénérable ! Et les recherches sont loin d’être finies!

Il n’est pas étonnant que cette épopée magnifique, reçue en héritage par la fille aînée de l’église, soit si attaquée et si critiquée depuis trois siècles ; mais un esprit honnête et désireux de faire une lecture de ces éléments à la loupe ne pourra que s’incliner devant la solidité de cette tradition bimillénaire !

1-La crypte de St Maximin : un des lieux les plus anciens de toute la chrétienté !

 Depuis ce fameux hiver 1279, où Charles II redécouvrit les sarcophages de Ste Marie-Madeleine, St Maximin et St Sidoine, enterrés dans un petit espace sous les dalles de la première église romane, diverses interprétations d’organisation de l’espace et de datation furent avancées, et nous les présenterons ici.

 Pour les tenants de la tradition, à l’instar du pèrePhilippe Devoucoux, (o.p.) qui vécut près de la grotte de la Ste Baume et passasa vie à étudier nos Saints de Provence (cf Sitecomplet), et en particulier la figure de Marie-Madeleine, la crypte est bien le lieu primitif de l’oratoire de Maximin. La plus ancienne vie de Marie-Madeleine retrouvée grâce aux recherches assidues de l’abbé Faillon (au XIXe) indique que Maximin avait un oratoire dans cette ville, qu’il y a célébré une dernière messe pour Marie-Madeleine, qu’elle y est morte en extase après sa dernière communion, et qu’ après avoir rendu son dernier soupir elle laissa derrière elle la trace d’un délicieux parfum. Enfin, Maximin demanda à être enterré auprès d’elle. *

la mort de Marie Madeleine, illustration peinte sur le reliquaire conservé dans la grotte

*Une mystique italienne du XXème, Marie Valtorta, a eu la vision de la mort deMarie-Madeleine dans sa grotte après avoir reçu une dernière communion. (cliquer pour lire le texte),

Morte dans la grotte ou morte dans l’oratoire de Maximin, la question reste donc en suspend…Quoiqu’il en soit, les textes anciens précisent que c’est l’évêque Maximin qui l’a enterrée là où il avait son oratoire, à Villa Latta (nom romain de st Maximin), et c’est bien là que son corps fut retrouvé par la suite.

 Une crypte du Ier siècle ?  

Si la crypte est le lieu ou bâtie sur le lieu de l’oratoire de Maximin, elle est dans ce cas l’un des édifices les plus anciens de toute la chrétienté en France et mérite de ce fait toute notre attention !

Dans ce texte ancien, il est écrit qu’après la mort deMadeleine il se répandit « une odeur si suave que l’oratoire en resta tout embaumé pendant sept jours ».  Cet oratoire, (cella) qui s’élevait au-dessus des tombeaux de Madeleine et deMaximin est devenu très rapidement un lieu de dévotion et de pèlerinage. Raban Maur (évêque de Mayence au IXème) constate l’existence de cette première église dans des textes extrêmement anciens, du Ve et du VIIème siècle (probablementdes copies de copies d’un texte écrit par Maximin lui-même) (Vie de Ste Madeleine) Seules quelques copies de cette vie ancienne subsistent, dans quelques bibliothèques dont celle du collège d’Oxford. Les premiers écrits ayant été détruits lors des invasions barbares.

Le double escalier construite au XVIIe qui conduit vers la crypte

Les premiers tombeaux

Lors de fouilles effectuées au XIXe, des sépultures très anciennes et antérieures aux sarcophages du IVème siècle ont été retrouvées dans la crypte ; Louis Rostan (correspondant des travaux historiques) a participé en 1859 au réaménagement de la crypte ; il écrivit en  1886 : « un tombeau vide en briques qui existait sous l’un des sarcophages a même été détruit dans cette dernière réparation et nous avons été à temps à recueillir les grandes tuiles à rebord qui le composaient pour en assurer la conservation ; Ce tombeau pouvait bien être la sépulture primitive de l’un des saints personnages vénérés en ce lieu » . (Notice sur l’église dest Maximin, 3e édition, 1886)

Deux coffrages de dalles et un coffrage en tuiles, avec une inscription liée aux premiers chrétiens furent retrouvés dans la crypte.

 Dalles brisées

Plusieurs morceaux de dalles sont disposés sur les sarcophages, derrière les couvercles des cuves. D’autres morceaux sont conservés à droite de la crypte, dans l’alcôve le long de l’escalier ; L’un d’entre eux, le plus grand, semble être le couvercle d’un sarcophage qui a disparu de la crypte. Aucune inscription ne permet de l’identifier. Faillon pense que ces morceaux de pierre pieusement conservés dans ces lieux par les chrétiens sont les vestiges de premières tombes bien plus anciennes.

Les Plaques décoratives

Il y a 4 plaques gravées dans la crypte ; Elles sont actuellement apposées des deux côtés du sarcophage de Marie Madeleine. Elles seraient d’influence ou d’importation syrienne, mais on ignore si elles ont été importées après la Révolution depuis une autre église, ou si elles étaient présentes dans la première église du Ve retrouvée près de la basilique (lors des fouilles de 1994). On les a aussi identifiées comme étant de possibles pierres de chancel (pierres de séparation).

Pierre gravée: Daniel dans la fosse aux lions

Monsieur Fixot, historien et archéologue, les date de la première moitié du VIe siècle. Elles pourraient être les plaques décorativesde la niche antique (appelée arcosolium), qui ornaient son piédroit (les parties latérales), et dans laquelle on mit plus tard le grand reliquaire de Marie-Madeleine.

Un arcosolium à Rome. Fréquent dans les catacombes ; C’est une niche semi-circulaire avec un arc creusé au-dessus du sarcophage. Souvent présent dans le cubiculum, la chambre funéraire.


En haut de la plaque cette inscription en mauvais latin: Maria Virgo Min esterde tempulo cerosaie : “Marie la Vierge servant dans le Temple de Jérusalem”.

Il y a deux plaques de l’ancien testament représentant des hommes (Le sacrifice d’Abraham et Daniel dans la fosse aux lions) et deux plaques du Nouveau Testament représentant des femmes : une orante non identifiée, (Marie-Madeleine ?) et la Vierge Marie en prière(cf l’inscription en latin qui l’identifie) 

Crypte enterrée, oratoire, petit mausolée ?

On ignore l’agencement primitif exact de ce lieu. Pour Mr Fixot, il s’agit d’une chambre funéraire, caractéristique par son arcosolium, et non un lieu de culte à proprement parler puisque, dit-il, il fut construit dans un axe Nord-Sud, donc non « orienté ». Mais cette chambre funéraire a pu très bien être aménagée sur le lieu d’un petit oratoire préexistant. Et la niche a pu être creusée lors de la pose du sarcophage. Cette hypothèse n’est pas absurde puisqu’on sait que les premiers chrétiens célébraient déjà des messes dans les catacombes sur les tombes des martyrs, que ces sites soient « orientés » ou non. Nombreuses sont les petites églises des premiers siècles à n’avoir pas été orientées vers l’est, à cause des contraintes de terrain. « Cette pratique ne fut généralisée qu’à partir du Ve siècle et ne devint la règle quasi générale qu’au tournant du XIème » (Jeroen Westerman, spécialiste des monuments historiques et de l’architecture médiévale)

un mausolée gallo romain du IIIe 

Monsieur Fixot avance l’hypothèse que la crypte était à l’origine un petit mausolée en élévation, c’est à dire un lieu d’une sépulture antique sur le même modèle que certains tombeaux de grands personnages, et qui aurait été construit un siècle avant la première église et son baptistère retrouvés en 1993 ; La salle supérieure décorée qui servait de lieu de recueillement, aurait disparu, et seule subsisterait la salle funéraire enterrée, la crypte donc. La crypte serait donc un hypogée, c’est-à-dire la chambre funéraire enterrée (ou semi enterrée) de ce petit monument et le sol aurait été 70 cm plus bas que son niveau actuel, contrairement à la voûte qui serait d’origine. On peut encore voir le jambage monolithe au seuil de l’entrée de la crypte, au Nord, ainsi que deux niches creusées dans le mur qui servaient d’emplacement pour les lampes à huile.

alcôve de gauche en descendant dans la crypte. Niche où l’on plaçait les lampes à huile

*La crypte de Saint-Maximin, Edisud, 2001, de Michel Fixot

Des sarcophages d’une famille patricienne du Ve siècle, ou les sépultures des saints de Provence?

Selon certains historiens contemporains, rien ne prouve que ce mausolée ait été érigé pour les sépultures des saints de Provence. Ils avancent l’hypothèse que ces sarcophages, datés du IVe et du Ve siècles, furent ceux d’une riche famille patricienne qui vivait à proximité. En effet, plusieurs villas gallo-romaines ont été retrouvées à St Maximin dont une tout près de la basilique. Le sarcophage précieux en marbre de Carrare ( que l’on a longtemps cru d’albâtre) et que tous les siècles de chrétienté ont considéré comme étant celui de Marie-Madeleine, n’est pour eux que celui d’un(e) riche dignitaire… Cette hypothèse soulève bien des interrogations et va à l’encontre de la tradition.

Datation incertaine

 De plus les avis sont partagés concernant sa datation. Pour certains il s’agit d’un sarcophage du IIIe siècle et pour d’autres du Ve. En réalité pour dater formellement le sarcophage de Marie-Madeleine, il faudrait pouvoir bénéficier d’une recherche scientifique plus poussée, comme celle que donne l’analyse au carbone 14. Se baser uniquement sur une interprétation de style et de modénature d’après les sculptures encore lisibles aujourd’hui ne suffit pas, et peut faire varier la datation d’un siècle ou deux selon les historiens. Certains l’ont même daté de la fin du IIème!…Qui dit vrai? 

Dessin du sarcophage de Marie Madeleine très endommagé par des siècles de pèlerinages

Les scènes relatives à la figure de Marie-Madeleine ont été tellement dégradées par les innombrables pèlerins au cours des siècles de passage, qu’elles ne sont plus visibles aujourd’hui, alors qu’elles ont bien été vues et rapportées dans des récits de pèlerins venus prier sur son tombeau et rassemblés par Faillon dans son ouvrage*. Cela prouve bien qu’il s’agissait d’un sarcophage réalisé à son intention, et non un sarcophage de réemploi, comme cela a pu être écrit. D’ailleurs sur le sarcophage de Sidoine, (qui est selon la tradition l’aveugle-né du chapitre 9 de l’évangile de St Jean), on peut nettement identifier sur la cuve, la scène de la guérison de l’aveugle-né par le Christ…

Sarcophage de la Gayolle au musée de Brignoles

Nous restons sur l’hypothèse qu’il pourrait être contemporain de celui de la Gayolle, soit du IIIème comme certains érudits l’avaient écrit. Le ssarcophage de la Gayolle exposé au musée de Brignoles fut retrouvé à quelques kilomètres de St Maximin. Il est considéré aujourd’hui comme la tombe chrétienne sculptée la plus ancienne de Gaule ! Il a été réemployé pour une femme au VIe siècle.

Rappel: En Gaule, la persécution des chrétiens ne fit pas autant de martyrs qu’ailleurs, puisqu’elle était gouvernée par César Constantius Chlorus, chrétien, et père du futur empereur Constantin qui signa son célèbre édit de tolérance pour tout l’empire en 312. On sait également que les chrétiens, qui croient en la résurrection des corps, ne voulaient pas se faire incinérer. Ils se faisaient inhumer, ce qui deviendra la règle dans l’Empire Romain à partir du IIIe siècle. 
A partir de l’édit de Milan , les chrétiens purent sortir de la clandestinité, représenter leur foi et la mettre en valeur dans l’art funéraire, aussi les sarcophages paléochrétiens du IVe siècle sont-ils caractérisés par des scènes bibliques, tandis qu’au Vè siècle, l’art funéraire évolue, les goûts changent et la scène biblique disparait au profit de motifs plus simples d’autant qu’on a désormais le droit de construire des églises et de les décorer librement.

La crypte a donc pu être construite avant la mise en place des sarcophages du IVe siècle. Et le sarcophage de Marie Madeleine peut bien être plus ancien que prévu…Espérons qu’un jour des fouilles complémentaires pourront apporter de nouveaux éléments de datation!

Le sol de la crypte n’a jamais été fouillé en profondeur (ni celui de la grotte de la Ste baume d’ailleurs) 

 Les murs et le sol de la crypte, plus anciens que prévu? 

Il est intéressant de se pencher sur la composition des murs. En les regardant de près, on peut y voir encore clairement l’opus mixtum, (appareil mélangé). C’était, dans l’antiquité, une façon particulière de construire des murs à meilleur marché, alternant des couches de briques et des couches de pierres. L’inclusion des lits de briques permettait de renforcer la cohésion d’ensemble de l’ouvrage. (cf dessin)

l’opus mixtum antique
l’opus mixtum visible sur ce mur, derrière le sarcophage de Sidoine : l’alternance de briques et moellons de calcaire. Idem au niveau des niches latérales.

Cette technique était couramment utilisée dès la fin de la République Romaine et se généralisa ensuite sous l’Empire.

Les murs de la crypte étaient sûrement à l’origine recouverts de décors de marbre et de mosaïques murales, à l’instar de beaucoup de chambres funéraires antiques, généralement décorées ou peintes. Au début du XIXème, ces décors ont été enlevés et recouverts par d’autres. Aujourd’hui, il ne reste plus aucune trace d’aucun décor de marbre. Au XIXe, lors de la restauration du reliquaire et de la crypte, Henri Revoil a fait placer la grille ouvragée et fait poser des placages colorés et des mosaïques multicolores qui seront finalement enlevés en 1930 par Formigé. (Pour se faire une idée de ce décor, pensons à la décoration de la grande Major de Marseille, réalisée par le même Revoil)

Un exemple de mosaïque de la Major de Marseille, dont la direction des travaux échut à  l’architecte de génie Henri Revoil, qui a aussi restauré la crypte et dessiné la grille de la niche ainsi que le grand reliquaire de Marie Madeleine . 

 Le dallage a été refait au XIXe, (ainsi que celui de la basilique sous lesquels se trouvent en réalité des dizaines de tombes) et Louis Rostan affirme avoir vu, dans lacrypte, un des premiers tombeaux mais il ne précise pas lequel ; Il était sans décoration. Les premières tombes étaient-elles posées à même le sol de la crypte ? Plus tard, au IVème, on les aurait donc enlevées pour les remplacer par les sarcophages et creusé l’arcosolium au-dessus du sarcophage de Marie Madeleine?

Le niveau du sol antique révélé par les fouilles de 1993-1994 (à droite de la Basilique) était 2 m plus bas que le niveau actuel ; le niveau de la crypte est environ à 4 m sous le niveau du sol actuel. Si celle-ci était une pièce semi-souterraine (chambre funéraire) d’une salle supérieure , alors où est passé cette partie supérieure? Etait-ce le petit oratoire de Maximin dont parlent les textes anciens? Pourquoi aurait-il été démoli? La question demeure ouverte…

l’ancien tombeau de Lazare dans la cathédrale d’Autun

Au XVe siècle, un édicule fut construit au-dessus de la crypte, pour en signaliser l’emplacement. C’était une sorte de petite église en miniature ; elle fut démolie dans les années 1800 ; on l’appelait :« la sainte chapelle ». Cette construction haute fut détruite car elle gênait le passage. A Autun, au-dessus du tombeau de Lazare, on fit la même chose. Et elle fut détruite également… 

Mais concernant l’emplacement même de la basilique, c’est toute sa construction qui est de manière symbolique le reliquaire géant deMarie Madeleine ; En effet, un visiteur attentif qui s’arrête au milieu de la nef centrale, constatera qu’il se trouve exactement au-dessus des reliques de la sainte patronne de Provence !

2e Tome de l’ouvrage remarquable de l’abbé Faillon, qui passa toute sa vie à réhabiliter la véracité du culte des saints de Provence.

2- Le baptistère et la première église antique

 
Le Baptistère retrouvé à St Maximin

Lors des fouilles de 1993/1994, un baptistère de 11 m de côté a été identifié à droite de la basilique, avec un déambulatoire, de plan carré, accolé à la façade occidentale de l’église, comparable en taille à celui que l’on voit encore aujourd’hui dans la cathédrale d’Aix en Provence ; il se trouvait devant l’actuelle mairie annexe (autrefois le presbytère). Il n’a pu être fouillé qu’aux trois quarts de sa superficie. Grâce aux céramiques retrouvées il a été daté de l’an 500 environ.

Les 150 diocèses de Gaule avaient leurs baptistères, toujours consacrés à St Jean Baptiste. (À St Maximin il y avait jadis une relique d’une partie du crâne de St Jean Baptiste qui a disparu )

Rappel : Un baptistère (du latin baptisterium « piscine ») est un petit bâtiment de forme ronde ou polygonale, souvent isolé, destiné à pratiquer les baptêmes ; il comporte une piscine baptismale d’un mètre de profondeur au maximum, creusée à même le sol et entourée généralement d’une colonnade. Les baptêmes se faisaient par immersion ; avant le VIème siècle, seul l’évêque avait le pouvoir de baptiser les fidèles.

Le fait qu’il y ait eu à St Maximin un baptistère prouve qu’une importante communauté chrétienne se trouvait dès les tous premiers siècles à proximité immédiate de la tombe de Ste Marie Madeleine et de St Maximin, mais selon les quelques textes retrouvés, il ne s’agirait pas pour autant d’un véritable évêché à proprement parler. Les noms des évêchés se trouvent indexés lors du concile général d’Occident, qui s’est tenu à Arles, en août 314 ; Les 44 églises furent représentées, dont 7 de notre région. St Maximin n’y figure pas. C’était une petite bourgade peu peuplée.
Plusieurs tombes furent retrouvées tout autour de ce lieu car il était de coutume pour les chrétiens de se faire enterrer au plus près de la tombe des saints. Le baptistère a été démoli au XIe, au moment de l’agrandissement de l’église.
La fouille réalisée d’avril à juillet 1994 par Jean Guyon, Michel Fixot et François Carrazé a permis de retrouver les plus anciens monuments chrétiens connus à ce jour dans la commune.

La première église paléochrétienne

Campagne de fouilles 1993-1994

Accolée à ce baptistère, communiquant par trois portes, se trouvait la première église, que l’on appelait à cette époque “basilique” et qui sera remplacée ensuite par une église médiévale plus grande. De 25 m de long, construite tout près de la crypte, elle etait de plan cruciforme. On l’a daté  de l’an 500 grâce aux céramiques retrouvées in situ. L’ensemble baptistère plus église constituent ce que l’on appelle : un groupe presbytéral. L’église était composée d’une nef unique assez vaste comportant dans son prolongement occidental le baptistère.

plan du baptistère communiquant avec la première Eglise de st maximin

St Maximin (…) “offre l’image d’un monument aux plans stéréotypés composés d’une église à nef unique assez vaste comportant dans son prolongement occidental un baptistère. Ces choix topographiques sont comparables à certains groupes cathédraux, telles les organisations des cathédrales de Riez et Fréjus où le baptistère prolonge l’église. C’est sans conteste le cas de Saint Maximin qui s’impose comme le plus monumental, en particulier par le traitement de son baptistère doté d’un déambulatoire”. 

Les campagnes de l’Antiquité tardive : aux origines d’un paysage monumental chrétien , de Yann Codou, Maître de conférence à l’Université de Nice

Ces monuments ont été détruits vers 1093 au moment de l’agrandissement de la nouvelle église romane (st Jean Baptiste) érigée vers 1200 ; Elle existait encore lorsque Charles II retrouva les reliques, puisqu’il dut fouiller sous les dalles de cette église pour retrouver les sarcophages. Cette église était encore en élévation au moment de l’invention des reliques. Charles II raconte qu’il eut un songe de Ste Marie-Madeleine, dans lequel elle lui dévoila elle même l’emplacement de sa tombe sous l’église de St Maximin, mais cet écrit a été considéré comme légendaire et fantaisiste, bien qu’il ait été lu par des générations de dominicains à St Maximin lors de la fête commémorant l’invention des reliques.

Pour voir d’autres photos des fouilles (ministère de la culture)

Bibliographie :
Les premiers monuments du culte chrétien de Saint-Maximin (Var). Bilan de deux campagnes de fouilles (1993-1994) par Jean Guyon
La Gaule chrétienne à l’époque romaine, abbé griffe (paris, 1947 tome 1)

Les 2 autres baptistères antiques retrouvés sur les lieux de  vie de Lazare et de Maximin

Baptistère d’Aix en Provence. Il est prévu qu’il soit à nouveau fonctionnel pour procéder aux baptêmes par immersion comme autrefois…

Dans la cathédrale d’Aix en Provence,  c’est-à-dire sur les lieux où la tradition rapporte que Maximin avait érigé son oratoire en l’honneur de St Sauveur (la cathédrale d’Aix a d’ailleurs toujours conservé cette appellation), se trouve un des baptistères les mieux conservés de Gaule.

A Marseille, situé comme par hasard sur l’emplacement même où la tradition rapportait que c’était le lieu de la prédication de Lazare et Madeleine, en contrebas de l’Agora grecque, on a construit un immense baptistère et une première basilique. Il fut le plus grand baptistère de toute la Gaule, et faisait 25 m de côté. Il fut ensuite abandonné et lorsqu’on construisit la Major, la cathédrale de Marseille au XIXe, Revoil choisit de garder ce même emplacement pour rester fidèle à cette tradition multiseculaire du premier apport de la foi en ces lieux sacrés par nos saints de provence.


Même si il ne subsiste pas de traces écrites concernant les communautés chrétiennes du premier siècle en Gaule, ce qui fait dire à la plupart des historiens que les premiers évêchés du sud de la Gaule ne peuvent être antérieurs au IIIe, « il faut admettre que l’évangélisation a pu souvent être fort antérieure à la fondation des évêchés et que certains sièges peuvent être fort antérieurs à la date à laquelle apparaît un évêque incontestable »

( Jean-Rémy Palanque, Les évêchés provençaux à l’époque Romaine)

On peut ainsi ranger l’ensemble des évêchés du Sud-Est en trois catégories :

-ceux d’époque pré constantinienne (avant le IIIe)

-ceux du IVe siècle, dont la fondation semble se placer surtout entre 360 et 380 ;

-ceux du Ve siècle.


Parmi les historiens de l’histoire de l’église, on peut constater que les avis sont forts partagés. Pour un petit nombre, il y a bien eu des premiers évêques en Gaule dès l’âge apostolique, comme Maximin, Sidoine et Lazare et Trophime ; Peu de textes y font référence. La plupart écartent ces vénérables traditions orales et ne font remonter les premiers évêchés qu’à partir du moment où le nom des évêques figure sur des actes officiels retrouvés (dans les actes des conciles par ex.) 


Concernant st Trophime en Arles, l’existence même de sa personne est remise en question, alors que la cathédrale qui porte son nom est l’une des plus anciennes des Gaules et qu’elle contient une de ses reliques. St Césaire priait et faisait prier st Trophime, lui appliquant la formule de : discipulus apostolorum, « envoyé de l’église romaine, fondée par les apôtres Pierre et Paul. » Grégoire de Tours, raconte qu’il a été un des sept missionnaires envoyés par Rome pour évangéliser la Gaule, sous le règne de l’empereur Dèce et qu’il devint le premier évêque d’Arles.

Relique de Ste Marthe dans la cathédrale St Trophime
dig

La cathédrale St trophime détient de très nombreuses reliques, dont celles des saintes Maries de la mer et de ste Marthe. 

3- LES AUTRES CRYPTES des lieux de la tradition

La crypte de Marthe et son  sarcophage, dans la collégiale de Tarascon

En 1979, eurent lieu des travaux d’étanchéité au niveau de l’église basse sous le dallage de la crypte (elle est en effet située sous le niveau du Rhône, et donc sujette à de très fréquentes inondations.)

On y découvrit un sarcophage très ancien (cf photo) et des vestiges antiques.

Un mur préromain du Vème siècle avant l’ère chrétienne démontrant clairement l’existence d’un habitat. C’est en ce lieu qu’a vécu, selon la tradition orale, sainte Marthe, et où elle a été inhumée. La présence de ce sarcophage monolithique de calcaire ne renfermant que quelques menus ossements non identifiables et rempli de terre et de tessons de poterie, tend à confirmer l’hypothèse de la première sépulture de la sainte.

le sarcophage du IVe
Le sarcophage de Marthe qui sert d’autel aujourd’hui dans l’église basse, date du IVème siècle. Sur ce sarcophage antique on peut voir entre autres personnages de l’évangile, sa soeur Marie-Madeleine aux pieds du Seigneur (à droite) et juste au-dessus d’elle, son frère Lazare en train d’être ressuscité.

L’oratoire dit “de Saint Maximin” dans la Cathédrale d’Aix en Provence

Dans la nef droite de la cathédrale St Sauveur à Aix, on aperçoit encore les vestiges de ce que les chrétiens ont toujours dit être le petit oratoire de Maximin. ll n’en reste plus quasiment plus rien: il a été détruit en 1808 sous les ordres de Mgr Champion de Cicé , Archevêque d’Aix et Arles, pour la raison qu’il bouchait la vue dans la cathédrale! Une inscription garde le souvenir de cette destruction. Là encore subsistent des traces de murs très anciens, datés du 1er siècle…Là encore des historiens ne sont pas d’accord sur cette datation; Ils s’accordent généralement à dire que c’est une construction du XIe siècle malgré de nombreux éléments très antiques…En réalité, la cathédrale d’Aix fut construite au dessus de cet oratoire vénérable. Elle fut consacrée en 1103 sous le vocable de Saint Maximin et Sainte Marie-Madeleine, mais les aixois ont gardé l’habitude de dire qu’ils allaient faire leurs dévotions à Saint-Sauveur, et le nom est resté à la cathédrale.


La collégiale des Saintes Maries de la mer


Le Roi René fit fouiller et donc défoncer le sol de l’église en 1448. On mit au jour un puits et une source d’eau douce, et une petite grotte renfermant des écuelles et un vestige de mur dont la porte donnait sur un oratoire! Près de celui-ci on découvrit deux corps allongés “dégageant une odeur suave”», le corps des deux Maries. Notons que lors de la découverte du corps de Marie Madeleine, une odeur extraordinaire fut sentie par toute l’assistance. Dans la collégiale, on aperçoit toujours à travers une vitre, le fameux puits antique qui se trouve sous le niveau actuel du sol. La collégiale fut bâtie au-dessus de leur sépulture, exactement comme à Tarascon ou à St Maximin.

4- Implantation de premières petites communautés sur ces lieux vénérables

Dans les années 420, St Cassien établit sur les lieux mêmes des saints de Provence, à St maximin, à la Ste Baume et à Marseille des petites communautés de priants

A Marseille:

St Cassien arrivant d’Egypte en 415, fonde à Marseille ce qui deviendra la célèbre abbaye St Victor. Selon la tradition, on disait que Lazare avait été inhumé à cet endroit après sa mort. Dans les cryptes, on célèbre toujours la messe sur le sarcophage dit de St Cassien.

A La Ste Baume:

Après quoi il vint séjourner et prier à la grotte de la Ste Baume, où il fonda un premier ermitage. Il y construit un petit oratoire.  Aujourd’hui encore, dans le massif de la ste baume, un lieu conserve fidèlement son nom: le Bau de Saint-Cassien ainsi qu’un lac du Var, le lac de st Cassien.

«Jean Cassien, le patriarche des moines d’occident a suivi les traces de Marie-Madeleine en venant chercher parmi les sommets un refuge pour la vie contemplative». PH. I Vincent – Extrait du livre Marie-Madeleine et la Sainte-Baume

A St Maximin: 

Un petit prieuré de moines de St Victor fut établi à st maximin

L’implantation des moines de St Victor dans la vaste provence ne se faisait jamais au hasard. Leurs fondations privilégiaient toujours des lieux stratégiques pour la foi, et particulièrement au plus près des tombeaux des saints. Pourquoi seraient-ils venus faire une fondation à St Maximin précisément, alors qu’il n’y avait là qu’une petite exploitation agricole et quelques villae?

Villa Latta était alors composée de quelques fermes, non loin de la voie Aurélia, qui passait un peu plus loin, vers Tourves. Or une intense vie chrétienne s’est développée autour de ce premier monument funéraire romain…Quelle autre explication que celle d’un illustre tombeau auprès duquel les moines étaient venus chercher refuge et protection?

Traces visibles des pavés de la voie aurélienne près de st maximin (photo A. Decanis)

5- LES TEXTES ANCIENS

extrait de la vie de Marie Madeleine (ancienne vie), citépar Raban Maur:”Saint Maximin, prenant le très saint corps (de Marie-Madeleine, ndlr), l’embauma de divers aromates et le plaça dans  mausolée”

Sculpture du XVe en bois doré du premier autel de la basilique, où l’on voit Marie Madeleine et ses compagnons embarquer pour la Gaule dans un bateau sans rame ni voile

 LES VIES ECRITES DE MARIE MADELEINE

L’ancienne vie de Marie Madeleine du VIIè et la vie de Raban Maur du IXe (à compléter)

L’ancienne vie de Marie-Madeleine

Recopiée plusieurs fois au fil des premiers siècles, nous n’avons plus le manuscrit original, mais c’est la plus ancienne vie de Marie Madeleine qui nous soit parvenue.

Extrait: “Sainte Marie-Madeleine, qui demeurait dans la compagnie de saint Maximin, comme la bienheureuse Marie, toujours vierge encelle de Saint Jean l’Evangéliste à qui le Seigneur l’avait confiée,s’abandonna à la sollicitude religieuse de ce saint disciple. C’est pourquoi,dans cette dispersion, sainte Madeleine s’étant associée à lui, ils serendirent jusqu’à la mer, et montant sur un vaisseau, ils arrivèrent heureusement à Marseille. Là, ayant mis pied à terre, ils allèrent, par l’inspiration du Seigneur, dans le comté d’Aix, distribuant abondamment à tousla semence de la parole divine, et s’efforçant nuit et jour, par leursprédications, leurs jeûnes et leurs prières d’attirer à la connaissance et auculte de Dieu tout puissant le peuple de cette contrée qui était incrédule etnon encore régénéré par l’eau du baptême. Le confesseur et pontife SaintMaximin gouverna longtemps l’Eglise d’Aix, vaquant assidûment à la prédication, chassant les démons, ressuscitant des morts, rendant la vue à des aveugles, redressant des boiteux, et guérissant de toutes sortes de maladies. (Elle estconsidérée comme étant vraisemblablement ce qui nous reste des «[nbsp]Actes deSaint Maximin[nbsp]» disparus, cité par Faillon dans ses “Monumentsinédits”)

La vie de Marie Madeleine dans la Légende dorée

Jacques Voragine (1230 † 1298), archevêque de Gênes, raconte le périple de la sainte en Provence, et sa mort à la Sainte-Baume, près de Saint-Maximin, dans son ouvrage rédigé entre 1261 et 1266, intitulé” Legenda aurea*” (Légende Dorée), compilation des vies légendaires et miraculeuses des saints et saintes